Instruments Financiers : Les Obligations

1.    Définition :

Une obligation est une valeur mobilière représentant une fraction d’emprunt à moyen ou long terme émis par une société, un Etat ou une collectivité publique. Il s’agit d’un titre dont le prix évolue en fonction de l’offre et de la demande, elles-mêmes déterminées par le niveau des taux d’intérêt.

En ce qui concerne les entreprises, les obligations se retrouvent au passif de leur bilan, au poste « Emprunt » :

[su_table]

Actif Passif
Actifs non courants
Immobilisations incorporelles
Immobilisations corporelles
Immobilisations financières
Capitaux propres
Capital émis
Réserves et résultat
Actifs courants
Stocks
Créances clients et autres créances
Passifs non courants
Emprunt
Provisions
Trésorerie Passifs courants
Dettes fournisseurs
Provisions
Emprunts et découverts

[/su_table]

Source : wikipedia

2.    Les modes de rémunération :

La source potentielle de gains de l’obligataire est double :

. Intérêts de l’emprunt (appelé coupon) : ces intérêts sont indépendants des résultats financiers de l’émetteur, contrairement au dividende. Les intérêts des emprunts sont souvent à taux fixe mais de nombreuses formules de rémunération existent : taux variable, taux révisable, obligation indexée (par ex. indexation à l’inflation).
. Primes : cette rémunération peut s’ajouter aux intérêts. Elle est versée en une seule fois : au remboursement de l’emprunt, ou en déduction de la valeur nominale à l’émission.

3.    L’évaluation des titres à revenu fixe :

a) Principes de base :

Comme nous l’avons vu dans la section précédente (évaluation des actions), pour calculer la valeur actuelle d’une série de cash flows futurs il faut actualiser tous ces cash flows en utilisant un certain taux. Ce taux correspond au taux sans risque éventuellement augmenté d’une prime de risque.

Si on considère une obligation (OAT, donc sans risque) qui verse un coupon de 100 euros par an pendant 5 ans, et que l’on utilise le taux sans risque de 4% par an pour actualiser, son prix sera de :

[katex]P = \sum_{t=1}^n \dfrac {C}{(1 + i)^t} = C\times\dfrac{1 – (1 + i)^{-n}}{i}[/katex]    (1)

Soit, dans notre exemple :

[katex]P = 100\times\dfrac{1 – (1 + 0.04)^{-5}}{0.04} = 445.18 euros[/katex]

445.18 euros c’est donc le prix (actuel) d’un titre qui nous rapportera, si on l’achète aujourd’hui, 5 cash flows de 100 euros chacun.

Si un an plus tard vous décidez de revendre cette obligation et que les taux d’intérêt sont montés à 5%, alors le prix obtenu sera de :

[katex]P = 100\times\dfrac{1 – (1 + 0.05)^{-4}}{0.05} = 354.60 euros[/katex]

Comment comparer ces deux prix ? Si les taux n’avaient pas varié, le prix de l’obligation serait :

[katex]P = 100\times\dfrac{1 – (1 + 0.04)^{-4}}{0.04} = 362.99 euros[/katex]

La perte est donc de 362.99 – 354.60 = 8.39 euros

Pourquoi cette différence ?

>> Dans le premier cas le titre rapporte 100 euros par an. Un investisseur voulant l’acheter voudra également qu’il lui rapporte le taux de référence de 4%. Le prix calculé de 445.18 euros lui fournira, jusqu’à l’échéance, ce taux attendu. On vérifie :

5 coupons de 100, chacun d’entre eux capitalisé au taux sans risque =

[katex]100\times(1 + 4\%)^4+100\times(1 + 4\%)^3+100\times(1 + 4\%)^2+100\times(1 + 4\%)^1+100\times(1 + 4\%)^0[/katex]    (2)

= 116.9859 + 112.4864 + 108.16 + 104 + 100
= 541.6323  => c’est la valeur future du titre.
Le titre est payé 445.18, donc le gain est de 541.6323 – 445.18 = 96.4523 euros

Rendement total du titre :  [katex]\dfrac{96.4523}{445.18}\times 100 = 21.6659\%[/katex]

Puis on calcule le taux de rendement annualisé équivalent (ou taux actuariel) :  [katex][ (1 + 21.6659\%)^{\frac{1}{5}} – 1]\times 100 = 4\%[/katex] = le taux de référence

 >> Dans le deuxième cas, les coupons restant les mêmes (même rémunération), le prix doit baisser pour permettre d’augmenter le rendement total du titre.

Dans la pratique il n’est pas aussi simple d’obtenir la valeur actuelle d’un titre à revenu fixe. On ne sait généralement pas quel taux d’actualisation retenir pour calculer les valeurs actuelles. En effet, les taux d’intérêt dépendent de l’échéance du titre, et ceci est reflété au travers de la courbe des taux.

b) La courbe des taux :

Comme on l’a vu plus haut dans l’équation (2), pour calculer la valeur future d’un titre à revenus fixes, il faut capitaliser les différents cash flows. Ce qui revient à considérer que chaque coupon payé, à chaque période, pourra être replacé au même taux. Or ceci n’est pas vrai dans la réalité. En effet, qui nous dit que le taux dans 2 ans sera le même que celui d’aujourd’hui ?

Il est en fait impossible de prédire avec certitude le niveau des taux d’intérêt pour chaque échéance, mais il existe une approximation (une moyenne des anticipations) représentée par la courbe des taux.

La courbe des taux c’est la relation entre la durée de placement et le taux de rendement des obligations. Le premier point de chaque courbe représente le taux au jour le jour, c’est-à-dire pour un placement sur une journée. C’est le taux directeur fixé par la Banque centrale du pays (ou de la zone monétaire) concerné. Les points suivants sur la courbe reflètent le rendement actuariel des emprunts d’Etat pour chaque durée considérée.

L’allure générale d’une courbe des taux dépend des anticipations des intervenants sur l’évolution future des taux directeurs. Elle peut revêtir trois formes :

>> Courbe ascendante, quand les rendements augmentent avec la durée de placement. C’est la structure dite « normale ». En effet, prêter à long terme est un risque plus important qu’un prêt à court terme. Ce risque doit donc être normalement rémunéré par un rendement supérieur.

>> Courbe plate, quand les rendements sont les mêmes quelle que soit la durée. Les intervenants anticipent une stabilité des taux dans un proche avenir et une baisse des taux par la suite.

>> Courbe descendante, quand les taux à court terme sont supérieurs aux taux à long terme. On dit qu’il y a inversion de la courbe des taux. Cela signifie, en général, que les marchés anticipent un ralentissement de l’économie.

4.    L’évaluation des obligations à taux zéro :

a) Pourquoi étudier l’obligation à taux zéro (ou « zéro-coupon ») ?

L’obligation à taux zéro est en fait un cas particulier du titre à revenu fixe : elle ne verse qu’un seul cash flow, à l’échéance (remboursement de l’obligation).
Pourquoi étudier l’obligation à taux zéro ? Tout simplement parce que toute obligation peut être décomposée en une somme d’obligations zéro-coupon d’échéances différentes. On dit que la valeur globale d’une obligation est égale à la somme des valeurs des obligations zéro-coupon qui la composent.

Exemple 1 :

On a une obligation dont la valeur d’émission est de 88 (pourcentage du pair), et qui sera remboursée dans un an à 93. Sont taux de rentabilité est le suivant :

[katex]\dfrac{93 – 88}{88} = 5.68\%[/katex]

Ce taux correspond au taux de rendement actuariel (TRA) : c’est le taux d’intérêt équivalent pour tout investisseur qui garde l’obligation jusqu’à l’échéance.

On a TRA = i, tel que :  [katex]88 = \dfrac{93}{(1 + i)}[/katex] => i = 5.68%

Exemple 2 :

On a une obligation dont la valeur d’émission est de 88 euros, et qui sera remboursée à 97 euros mais dans deux ans. Quelle est son TRA ?

TRA = i, tel que : [katex]88 = \dfrac{97}{(1 + i)^2}[/katex] => i = 4.99%

Maintenant reprenons l’exemple de notre obligation qui verse 100 euros par an pendant 3 ans. Supposons que l’on dispose du prix de 3 obligations zéro-coupon, représentatives du marché (courbe des taux). Nous allons pouvoir décomposer le prix de l’obligation à 3 ans :

Tableau 1

[su_table]

Echéance Cours du zéro-coupon TRA (annuel)
1 an 95 5.26%
2 ans 88 6.60%
3 ans 80 7.72%

[/su_table]

Comment déterminer un taux d’intérêt unique, qui correspond au taux d’actualisation sur 3 ans ?

D’abord en estimant la valeur actuelle des 3 cash flows :
Cash flow 1 = 100 x 95% = 100/1.0526 = 95 euros
Cash flow 2 = 100 x 88% = 100/1.066² = 88 euros
Cash flow 3 = 100 x 80% = 100/1.077280³ = 80 euros

Somme des trois cash flows actualisés = 263 euros

Puis on en déduit le taux unique i :

Tel que : [katex]263 = \dfrac{100}{(1 + i)} + \dfrac{100}{(1 + i)^2} + \dfrac{100}{(1 + i)^3}[/katex] => i = 6.88%                       (3)

En conclusions nous pouvons dire que lorsque la courbe des taux n’est pas plate (c’est-à-dire que les taux d’intérêt ne sont pas les même pour chaque échéance) et que l’on souhaite évaluer un titre à revenu fixe, alors il faut actualiser chaque cash flow au taux de rendement correspondant à une obligation zéro-coupon pour la même échéance, puis additionner les valeurs actuelles.

b) Exercice :

En cas d’anticipation de forte reprise économique de la part des investisseurs, la courbe des taux aura tendance à se « pentifier » (« the yield curve steepens« ). La nouvelle structure à terme des taux d’intérêts est comme suit (on se limite à trois ans) :

Tableau 2

[su_table]

Echéance Taux      
1 an 5.5%
2 ans 6.80%
3 ans 8.05%

[/su_table]

Quels sont les prix et TRA de notre obligation à 3 ans, qui paie un coupon de 100 euros par an ?

Réponse :

D’abord on estime la valeur actuelle des 3 cash flows :

Cash flow 1 = 100/1.055 = 94.787 euros
Cash flow 2 = 100/1.068² = 87.671 euros
Cash flow 3 = 100/1.0805³ = 79.273 euros

Soit un total des coupons actualisés de : 261.731 euros

Puis on en déduit le taux unique :

Tel que : [katex]261.731 = \dfrac{100}{(1 + i)} + \dfrac{100}{(1 + i)^2} + \dfrac{100}{(1 + i)^3}[/katex] => i = 7.146%

5.    L’évaluation des obligations ordinaires :

Une entreprise qui émet une obligation ordinaire s’engage à verser, au souscripteur (obligataire), des intérêts (coupons) sur une base régulière pendant toute la durée de vie de l’obligation, puis à rembourser l’obligation à l’échéance.
Le taux nominal de l’obligation représente le taux d’intérêt qui s’applique à la valeur nominale de l’obligation pour calculer la valeur du coupon à payer.

Prenons l’exemple d’une obligation à 5 ans, qui verse un coupon de 5% par an. L’émetteur s’engage à payer pendant 5 ans :

1,000 (nominal) x 5% = 50 euros de coupon par an.

Au bout des 5 ans, il devra payer non seulement le dernier coupon de 50 euros mais également remboursera l’obligation à sa valeur nominale, c’est-à-dire 1,000 euros.
Nous allons représenter dans un tableau l’ensemble des cash flows de cette obligation :

[su_table]

Année 1 2 3 4 5
Coupon 50 50 50 50 50
Nominal 1’000
Total 50 50 50 50 1’050

[/su_table]

Une obligation qui vient d’être émise devrait normalement avoir son cours de bourse égal à sa valeur nominale : on dit qu’elle cote au pair. Dans ce cas le taux de rendement de l’obligation est égal à son taux nominal.

Principe n°1 : Si le prix d’une obligation est égal à son nominal, alors son rendement est égal à son taux nominal.

Mais la plupart du temps le cours d’une obligation est différent de son nominal. Ceci est dû au fait que les taux d’intérêt sont en perpétuelle fluctuation.

Exemple :

Prenons une obligation émise il y a 9 ans pour une durée de 10 ans, il ne lui reste donc plus qu’un an avant son échéance. Son coupon est de 10%. Si l’on suppose que la courbe des taux était plate il y a 9 ans et que tous les taux étaient à 10%, alors son TRA était de 10%. Aujourd’hui le taux à un an est de 5%.

>> Quel est son cours ?

Si je l’achète aujourd’hui, elle me payera dans un an : 1,000 + 100 = 1,100 euros.
Sachant que le taux à un an est de 5%, alors on actualise les 1,100 en utilisant ce taux :

[katex]P = \dfrac{1’100}{(1 + 5\%)} = 1’047.62[/katex] euros. Soit, en pourcentage du pair : 104.762

Elle cote donc au dessus du pair.

>> Quel est son rendement ?

On peut calculer deux sortes de rendement : le rendement courant (rendement actuel) et le rendement à l’échéance.

. Rendement courant : il consiste à rapporter le coupon annuel au cours actuel. Ici :  100 / 1’047.62 = 9.55%

Mais ce rendement exagère le rendement réel car il ne tient pas compte du fait qu’à l’échéance l’obligation sera remboursée au nominal (au pair). On reçoit donc 100 mais on perd 47.62 euros. Pour tenir compte de cet effet, nous allons calculer le rendement à maturité (yield-to-maturity).

. Rendement à maturité : il correspond au taux d’actualisation qui égalise le cours actuel et la valeur actuelle des cash flows de l’obligation restant à payer. Il intègre donc la totalité des revenus de l’obligation, y compris son remboursement à l’échéance.

Dans notre exemple, le rendement à maturité est tout simplement égal au taux d’intérêt du marché à un an :

[katex]\dfrac{100 + 1’000 – 1’047.62}{1’047.62} = 5\%[/katex]

Ici nous venons de prendre un exemple très simple, où il ne reste plus d’une seule année avant l’échéance. Mais comment procéder si l’on veut calculer le rendement à maturité de l’obligation précédente par exemple 7 ans après son émission, avec une courbe des taux comme celle définie dans le tableau 2 ?
Comme on l’a dit plus haut, le rendement à maturité est le taux d’actualisation qui égalise le cours actuel et la valeur actuelle des cash flows de l’obligation qui restent à payer :

[katex]VA = \dfrac {coupon}{(1 + i)} + \dfrac {coupon}{(1 + i)^2} + … + \dfrac {coupon}{(1 + i)^n} + \dfrac {VF}{(1 + i)^n} = \sum_{t=1}^n \dfrac {coupon}{(1 + i)^t} + \dfrac {VF}{(1 + i)^n}[/katex]    (4)

Avec :
n = nombre de paiements annuels jusqu’à l’échéance ;
VF = remboursement du nominal à l’échéance ;
i = rendement à maturité = TRA.

Pour notre exemple :

L’obligation paie un coupon de 10% par an. Nous somme à la septième année, donc elle va encore rapporter :

[su_table]

Année 8 9 10
Coupon 10 10 10
Nominal 100
Total 10 10 110

[/su_table]

La courbe des taux comme définie dans le tableau 2 est :

[su_table]

Echéance Taux      
1 an 5.5%
2 ans 6.80%
3 ans 8.05%

[/su_table]

Nous allons donc la payer :

Cash flow 1 = 10/1.055 = 9.479 euros
Cash flow 2 = 10/1.068² = 8.767 euros
Cash flow 3 = 110/1.0805³ = 87.20 euros

Soit un total des coupons actualisés de : 105.446 euros

D’où, on utilisant l’équation (4) :

[katex]105.446 = \dfrac{10}{(1 + i)} + \dfrac{10}{(1 + i)^2} + \dfrac{10}{(1 + i)^3} + \dfrac{100}{(1 + i)^3}[/katex] => i = 7.89%

Ce taux est supérieur à celui que nous avions trouvé plus haut (tableau 2, i=7.146%) car nous actualisons la 3ème année avec un taux supérieur, ce qui fait que le cash flow relativement le plus important (110) à une valeur présente beaucoup plus petite.

Le rendement à maturité de l’obligation obtenu est plus faible que le coupon, ou que son rendement actuel. Ceci est dû au fait que le cours est supérieur au nominal.

D’où :

Principe n°2 : Si le prix d’une obligation est supérieur à son nominal, alors son rendement à maturité est inférieur à son rendement actuel, qui est lui-même inférieur à son taux nominal (coupon).

A l’inverse, prenons maintenant une obligation qui paie un coupon de 4%, qui a une maturité de 2 ans. Si on suppose que son prix est de 95 (elle cote en dessous du pair), sont rendement est de :

– rendement actuel : 4/95 = 4.21% ;

– rendement à maturité : i, tel que :  [katex]95 = \dfrac{4}{(1 + i)} + \dfrac{104}{(1 + i)^2}[/katex] => i = 6.76%

Pour cette obligation, le rendement à maturité est supérieur au rendement actuel.

Principe n°3 : Si le prix d’une obligation est inférieur à son nominal, alors son rendement à maturité est supérieur à son rendement actuel, qui est lui-même supérieur à son taux nominal (coupon).

6.    Les indicateur de risque obligataire :

On utilise différents indicateurs calculés pour pouvoir comparer les obligations entre elles. Le rendement à maturité en fait partie.

Comme on l’a vu, il permet de comparer le rendement d’obligations ayant la même échéance et étant de qualité similaire. Mais que signifie cette notion de qualité similaire ?

a) La notation financière (rating) :

Les entreprises (ou débiteurs en général) présentent toutes des profils de risque différents selon, par exemple, le pays et le secteur dans lesquels elles évoluent. Mais, en terme de gestion obligataire, l’aspect essentiel du risque associé à une entreprise c’est le risque crédit que peuvent représenter la qualité de son bilan, de son management ou de son environnement.

De manière générale, il est possible de se fier à un indicateur de qualité de crédit : la notation financière (rating). Cet indicateur est fourni par des agences de notation, les plus connues d’entre elles sont : S&P, Moody’s et Fitch. Il existe d’autres agences, qui commencent à émerger, telles que la chinoise Dagong Global Credit Rating.

La meilleure note est représentée par un AAA (ou Aaa pour Moody’s). La qualité « investment grade » se situe de AAA à BBB-. Toutes les notes inférieures à BBB- sont considérées comme high yield (ou junk bonds). Pour obtenir le détail des différentes notations, voir le tableau ici.

Si l’on ne dispose pas de notation, ou d’analyse de la part d’une agence de notation, il est également possible d’obtenir une analyse de crédit de la part d’un broker, ou d’une société spécialisée.

A noter que l’on peut avoir une notation d’un émetteur et une notation d’une émission spécifique (du même émetteur) qui sont différentes. Un même émetteur peut en effet avoir émis des obligations de qualité différente, comme : le rang ou seniority (senior secured, senior unsecured, subordinated…), les covenants (negative pledge clause,…)

Pour ceux qui veulent approfondir l’aspect crédit, la vidéo suivante devrait pourvoir vous aider (provient d’un cours pour le CFA Level I) :

[su_youtube_advanced url= »https://www.youtube.com/watch?v=8EVjtNXgNck » autohide= »yes » https= »yes »]

Après avoir vu l’aspect qualitatif d’une obligation, nous allons voir l’aspect quantitatif : le risque de taux d’intérêt.

b) La Duration :

Connue également sous le nom de Macauley’s duration. C’est un indicateur complexe, mais indispensable dans la gestion des taux d’intérêt. On sait maintenant qu’une variation de taux d’intérêt influe sur le cours des obligations avec une relation inverse : une hausse des taux entraîne une baisse des cours et vice versa. Mais en cas de hausse des taux, les coupons versés par l’obligation peuvent être replacés à un meilleur taux, ce qui vient atténuer la perte en capital. La duration intègre ce phénomène car elle représente le temps au bout duquel la baisse de la valeur de l’obligation sera compensée, en cas de hausse des taux, par le gain réalisé en replaçant les coupons à un meilleur taux. Plus la duration est élevée, plus il faudra de temps pour compenser une baisse de la valeur de l’obligation.

En d’autres termes, la duration est la durée de vie moyenne pondérée d’une obligation, exprimée en nombre d’années.

La formule suivante nous permet de calculer la duration:

[katex]D = \dfrac {\sum_{t=1}^n \dfrac {t \times C}{(1 + r_{t})^t} + \dfrac {n \times F}{(1 + r_{n})^n}}{P_{0}}[/katex]        (5)

avec

[katex]D[/katex] : la duration
[katex]C[/katex] : le montant du coupon
[katex]F[/katex] : la valeur de remboursement
[katex]P_{0}[/katex] : la valeur présente de l’obligation
[katex]r_{t}[/katex] : le taux d’intérêt à t années
[katex]n[/katex] : la durée jusqu’à échéance
[katex]t[/katex] : compteur du temps qui varie de 1 à n

Cette formule est assez facile à comprendre : il s’agit des flux de l’obligation pondérés par leur échéance. Cette mesure nous donne donc la longévité effective de l’obligation, c’est-à-dire la période pendant laquelle il faut détenir le titre afin de récupérer la mise initiale.

Divers aspects de la duration

De la formule on déduit que la duration sera en général différente de la maturité. On voit que dès qu’il y a paiement d’un coupon, la duration sera inférieure à la maturité. En effet, seules les zéro-coupon ont une duration égale à la maturité.

Si on reprend (5) et que l’on généralise, on obtient :

[katex]D = \sum_{t=1}^n \dfrac { \dfrac {g_{t}}{(1 + r)^t}}{P_{0}} \times t[/katex]        (6)

Pourquoi cette formulation ?

Nous avons regroupé les coupons (C) et la valeur de remboursement (F) dans une seule variable (g). On ne fait donc plus de différenciation dans les différents cash flows. A partir de cette formulation on en déduit plus facilement la duration d’une zéro-coupon :

Supposons que l’on ait une obligation à taux zéro que l’on paie 90, et qui sera remboursée au pair dans deux ans. Quel est son rendement à maturité ?

Son rendement sur la période est :  [katex](\dfrac{100}{90} – 1) \times 100 = 11.11\%[/katex] (sur deux ans).
Le taux annuel actuariel équivalent est donc :
[katex]r = [ (1+11.11\%)^{\tfrac{1}{2}}-1] \times 100 = 5.41\%[/katex]

On sait que sa durée de vie est de deux ans, mais quelle est sa duration ?

On reprend la formule (6) :

[katex]D = \dfrac {\dfrac {0}{(1 + 5.41\%)^1}}{90} \times 1 + \dfrac {\dfrac {100}{(1 + 5.41\%)^2}}{90} \times 2 = 0 + \dfrac{180}{90} = 2[/katex]

On a vérifié que la duration de l’obligation à taux zéro est bien égale à sa durée de vie.

Exercice :

Prenons maintenant la même obligation que ci-dessus, mais au lieu d’être un « zéro-coupon » on lui attribue un coupon de 2%. Disons qu’on ne connaît pas son prix et qu’elle est ici encore remboursée au pair. Quel est son rendement à maturité si on considère que la courbe des taux est plate et qu’elle est la même que dans l’exemple précédent ? Quel est son prix ? Quelle est sa duration ?

> Rendement à maturité :
Si la courbe des taux est la même que précédemment, où le rendement du zéro-coupon à deux ans était de 5.41%, et qu’elle est plate alors le rendement à maturité ici est de 5.41%. On vérifie :

. D’abord on estime la valeur actuelle des 2 cash flows :

Cash flow 1 = 2/1.0541 = 1.8974 euros
Cash flow 2 = 102/1.0541² = 91.7987 euros
Soit un total des coupons actualisés de : 93.6961 euros. C’est son prix.

. Puis on en déduit le taux unique i, tel que :

[katex]93.6961 = \dfrac{2}{(1 + i)} + \dfrac{102}{(1 + i)^2}[/katex] => i = 5.41%

> Duration :

[katex]D=\dfrac{\dfrac{2}{(1+5.41\%)^1}}{93.6961}\times 1+\dfrac{\dfrac{102}{(1+5.41\%)^2}}{93.6961}\times 2=\dfrac{1.8974}{93.6961}+\dfrac{91.7987\times 2}{93.6961}=1.9797[/katex]

La duration est ici inférieure à celle de l’obligation zéro-coupon, ce qui est logique puisque le cash flow intervenant dès la première année (coupon de 2%) va sensiblement réduire le temps théoriquement nécessaire pour amortir le capital investi. Alors que dans le cas de l’obligation zéro-coupon il faudrait attendre le remboursement final (aucun paiement intermédiaire).

[su_note note_color= »#f4f4f4″ radius= »10″]Notes :

Microsoft Excel users can obtain the Macaulay duration using the DURATION financial function: DURATION (“4/11/2014,” “2/14/2022,” 0.06, 0.06, 2, 0). The inputs are the settlement date, maturity date, annual coupon rate as a decimal, annual yield-to-maturity as a decimal, periodicity, and the code for the day count (0 for 30/360, 1 for actual/actual)[/su_note]

[su_note note_color= »#f4f4f4″ radius= »10″]Notes :

Dans le cadre de l’étude d’un portefeuille, la duration globale de celui-ci correspond à la somme pondérée des durations des différentes obligations qui le composent, soit :

Portfolio Duration = w1D1 + w2D2 …+ wnDn[/su_note]

c) La Sensibilité :

Elle est liée à la duration. Elle indique de combien, en pourcentage, le cours de l’obligation variera si les taux d’intérêt varient de 1%.
Elle est également appelée duration modifiée (modified duration). La duration modifiée est un indice de l’évolution en pourcentage de la valeur d’une obligation ou d’un autre instrument à la suite d’une modification des rendements.

Modified Duration = MD = Duration / (1 + rendement)

La duration simple et la modified duration peuvent toutes deux être utilisées afin de couvrir le risque de taux du portefeuille obligataire.

Dans l’exemple précédent (avec un coupon à 2%), on aurait eu :

MD = 1.9797 / (1 + 5.41%) = 1.8781

Donc, en cas d’augmentation des taux d’intérêt de 5.41% à 6.41%, nous devrions voir le prix de l’obligation baisser de 1.8781%.
Soit : 93.6961 * (1 – 1.8781%) = 93.6961 – 1.7597 = 91.94.

On vérifie :

Cash flow 1 = 2/1.0641 = 1.8795 euros
Cash flow 2 = 102/1.0641² = 90.0814 euros
Soit un total des coupons actualisés de : 91.95 euros.

d) Les limites de la Duration/Sensibilité :

La duration n’est autre que la dérivée première de la fonction « prix de l’obligation », qui dépend du niveau des taux d’intérêt : P(r).

Or, la dérivée d’une fonction est en fait la pente de la tangente de cette fonction en un certain point, et ce concept permet d’étudier les variations de la fonction mais pour de faibles variations de la variable explicative. C’est-à-dire qu’on fait une approximation de la fonction par la pente de la tangente de cette dernière.

Ce concept est illustré par le graphique ci-dessous:

Modified Duration

La courbe P(r) représente l’évolution du prix de l’obligation en fonction de l’évolution des taux d’intérêt. La pente de cette courbe, en n’importe quel point, représente la duration modifiée, soit la variation du prix de l’obligation faisant suite à une variation des taux d’intérêt.

La limite de l’utilisation de la duration modifiée vient de l’outil mathématique utilisé. En effet, lorsque l’on estime une fonction par sa dérivée, les résultats ne sont valables que pour de faibles variations de la variable explicative (ici les taux d’intérêt). Dès lors, la duration modifiée ne convient plus pour analyser de brusques mouvements des taux (comme en cas de krach boursier).

De plus, la duration modifiée ne permet pas de capter l’asymétrie de la variation de prix. En effet, une hausse du taux de 0.5% provoquera une variation du prix plus faible qu’une baisse du taux de 0.5%. Ce phénomène est dû au fait que le prix d’une obligation est une fonction décroissante et convexe par rapport au taux et non pas une fonction linéaire comme on le suppose si on utilise la duration. Ainsi, si l’on utilise la duration modifiée pour estimer la variation de prix de l’obligation faisant suite à une variation des taux, on tend à surestimer cette variation en cas de hausse et à la sous-estimer en cas de baisse.

Pour un petit cours sur la « Dérivée en tant que pente d’une droite tangente » :

[su_youtube_advanced url= »https://www.youtube.com/watch?v=9vvtVNJow84″ autohide= »yes » https= »yes »]

e) La Convexité :

C’est la dérivée seconde du cours d’une obligation par rapport au taux d’intérêt. Elle mesure la variation relative de la sensibilité d’une obligation pour une petite fluctuation des taux d’intérêt. La convexité exprime la rapidité de l’appréciation et la lenteur de la dépréciation du cours de l’obligation si les taux baissent ou montent.


Commentaires, exemples et exercices

. Voici une liste d’obligations récentes et déjà cotées sur le marché secondaire : liste obligataire.

. Nous allons la parcourir et la commenter en cours (explications sur les différentes informations disponibles dans le document).

. Nous allons ensuite faire un exercice de construction d’un portefeuille obligataire.

Suite >>>   Les Options (1ère partie)

Les Options (1ère partie)

1. Définition

Une option est un contrat qui confère, contre paiement immédiat d’une prime, la faculté, mais non l’obligation, d’acheter (call) ou de vendre (put), pendant une période limitée, à un prix défini à l’avance, une certaine quantité d’actif sous-jacent.

« la faculté, mais non l’obligation » : l’acheteur a le droit d’exercer ou pas son option d’achat ou de vente, selon que celle-ci est profitable ou pas. Comme on le verra plus loin, le vendeur d’option n’a pas le choix d’exercer ou pas puisque, par définition, ce n’est pas lui qui détient l’option et le droit qui y est attaché. Le vendeur d’option « subit » alors la décision de l’acheteur.

« période limitée » : une option a une date d’expiration. Une fois expirée l’option disparaît et n’a plus de valeur.

« prix défini à l’avance » : il s’agit du prix d’exercice. C’est le prix auquel le détenteur d’un call peut acheter le titre sous-jacent, ou auquel le détenteur d’un put peut vendre le titre sous-jacent.

« certaine quantité » : lorsque l’on parle d’un call, ou d’un put, on fait référence à un contrat call ou un contrat put, ayant une taille différente selon le marché de cotation. La quantité de titres sous-jacents en question variera selon la taille du contrat et la quantité de calls ou de puts achetés (ou vendus). Par exemple : si nous achetons 10 calls APPLE strike 120 échéance mars 2015 sur le CBOE @ $4.75, nous allons payer 10 x 100 x $4.75 = $4’750. La taille d’un contrat d’option sur actions étant généralement de 100 sur le CBOE.

2. Utilisation des options

En général une option est utilisée pour son effet de levier, permettant soit de spéculer sur les fortes variations de l’actif sous-jacent à court terme, soit de l’utiliser à des fins de couverture.

Quelle que soit son utilisation (spéculation ou couverture) ce sont les caractéristiques des options qui en font un instrument financier intéressant : une mise de départ modérée permet d’obtenir une exposition conséquente, à la hausse comme  à la baisse, sur un actif sous-jacent.

Lorsque l’on va mettre en place une stratégie il est important, puisque la durée de vie d’une option est limitée, d’avoir une opinion non seulement sur la direction du mouvement anticipé du sous-jacent, mais également sur le timing et l’amplitude de ce mouvement.

En gestion de portefeuille il est également possible de mettre en place des stratégies simples, qui ne font pas appel à cet effet de levier, et qui permettent d’augmenter le rendement d’un portefeuille. On verra ces stratégies plus loin, mais avant de poursuivre voyons quelques caractéristiques importantes concernant les transactions sur options :

Une transaction sur option en opening peut être soit un achat soit une vente. Un investisseur qui initie un achat en opening est considéré comme l’acheteur (buyer, owner, holder) et établit une position long. Un achat en opening est annulé par une vente en closing.

Un investisseur qui initie une vente en opening s’appelle le vendeur (writer, on dit qu’il « écrit » une option). Il établit une position short. Une vente en opening est annulée par un achat en closing.

3. Évaluation des options

Le prix d’une option (prime) varie selon les paramètres suivants :

le cours du sous-jacent, ou underlying (SJ) : le prix d’un call va varier dans le même sens que le cours de l’actif sous-jacent. Le prix du put va varier en sens inverse.

le prix d’exercice, ou strike (PE) : le prix d’un call va varier en sens inverse du prix d’exercice. Le prix du put va varier dans le même sens.

le temps restant avant l’expiration (t) : le prix du call et du put vont varier dans le même sens que le temps restant à courir jusqu’à l’expiration.  Plus il y a de temps avant l’expiration et plus les chances que le call ou le put soient profitables augmentes.

le dividende (D) : le paiement du dividende (le jour de l’ex-date) entraine une baisse du cours du titre, ce qui influe sur le cours du call (à la baisse) et du put (à la hausse).

le taux d’intérêt sans risque, ou risk-free rate (r) : le prix d’un call va varier dans le même sens que le taux d’intérêt sans risque, et le prix du put va varier dans le sens inverse. Acheter un call revient en effet à acheter « à crédit » l’actif sous-jacent (inversement pour le put, équivalent à un « prêt »). Si les taux montent cela coûte plus cher d’acheter « à crédit » donc le coût du call est plus élevé.

la volatilité de l’actif sous-jacent (S): le prix du call et du put vont varier dans le même sens que le niveau de volatilité du sous-jacent.

On peut noter que la valeur d’une option (VO) est égale à sa valeur intrinsèque (VI) plus sa valeur temps (VT) :

VO = VI + VT

La VI (intrinsic value) d’une option est la partie de la prime de l’option qui est dans la monnaie ou ITM (in the money).  Par exemple, si l’on reprend le call APPLE strike 120 échéance mars 2015 : au moment de l’écriture de ces lignes le cours d’Apple est de $115.49, donc le call est OTM et la VI est nulle => VO = VT, ce qui implique que VT = $4.75. Si Apple valait $125, la VI serait de $125 – $120 = $5. En principe une option ne vaut jamais moins que sa VI.

De manière générale, la VI est égale à :

Pour un call : VI = max (0, SJ – PE)

Pour un put : VI = max (0, PE – SJ)

La VT (time value) représente la partie de la prime qui provient du temps restant jusqu’à l’expiration de l’option. La valeur de l’option étant la somme de la VI et de la VT en on déduit que VT = VO – VI : la valeur temps est obtenue en retirant la valeur intrinsèque de la prime de l’option. En général une option perd un tiers de sa VT durant la première moitié de sa vie et les deux tiers durant la seconde moitié. Plus le temps passe et plus la probabilité que l’option soit profitable d’ici l’expiration est faible. Chaque jour qui passe voit une diminution de la VT (time decay) qui tend vers zéro à l’expiration.

Une option peut avoir 3 statuts différents :

– En dehors de la monnaie, ou out of the money (OTM) : VI = 0, PE > SJ pour le call et PE < SJ pour le put

– A la monnaie, ou at the money (ATM) : VI = 0, PE = SJ

– Dans la monnaie, ou in the money (ITM) : VI > 0, SJ > PE pour le call et SJ < PE pour le put.

Modèles d’évaluation du prix d’une option :

Il existe plusieurs modèles d’évaluation d’option mais le plus connu d’entre eux est le modèle de Black & Scholes (du nom de Fischer Black et Myron Scholes) qui est un modèle utilisé en mathématiques financières afin d’estimer en théorie la valeur d’une option financière, du type option européenne.

La formule de Black & Scholes

Les prix du call c et du put p sont définis comme suit :

BetS-1

BetS-2

avec :

BetS-3

BetS-4

Ici, log représente le logarithme naturel, et :

s = le prix du titre sous-jacent

x = le prix d’exercice

r = le taux d’intérêt annualisé sans risque

t = le nombre d’années jusqu’à l’échéance de l’option

σ = la volatilité implicite de l’action sous-jacente

Φ = la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite N(0, 1).

On peut également appliquer la formule à l’inverse : étant donné le prix de l’option, qui est cotée sur les marchés, quelle valeur de σ doit être choisie pour que la formule B-S donne exactement ce prix. On obtient ainsi la « volatilité implicite » qui a un grand intérêt pratique et théorique.

A savoir qu’il existe une relation de parité entre la valeur du call et celle du put, c’est à dire que l’on peut déduire la valeur d’un put à partir de celle d’un call et vice versa :

[katex]C = P + SJ – ( PE * e^{-nr} ) – D [/katex]

[katex]P = C – SJ + ( PE * e^{-nr} ) + D[/katex]

[katex]PE * e^{-nr} [/katex] = valeur actualisée du strike sur t périodes au taux sans risque r.

Exemple de calcul :

Reprenons l’action Apple, qui cote à $115.

Le taux d’intérêt sans risque à 1 an (au 04.12.2014) est de 0.5750% (trouvé ici).

On regarde le cours du call strike 110 qui expire en mars 2015 (le 20) soit dans 3 mois et demi. Son dernier cours est de $9.4 (« Last ») et son bid/ask spread est de $9.10 à $9.30.

Nous allons essayer de calculer la valeur du put de même strike et de même maturité :

Le taux d’intérêt sans risque (proportionnel) est donc de 0.5750% / 12 * 3.5 = 0.1677%

[katex]P = 9.40 – 115 + (110 \times e^{-0.1677\% \times 1} )[/katex]

[katex]P = -105.60 + 110 \times 0.9983 = 4.22[/katex]

Dans le tableau ci-dessous on observe un prix du put 110 à $4.39, soit légèrement plus cher que le prix théorique par rapport au call. Ceci s’explique par le fait que (entre autre) le put–call parity n’est valable que dans le cas d’options européennes (observation à l’échéance, contrairement aux options américaines qui peuvent être exercées à n’importe quel moment).

AAPL option chain

Suite >>>   Les Options (2ème partie)

Les Options (2ème partie)

Après avoir vue les notions essentielles pour comprendre comment fonctionnent les options, nous allons pouvoir examiner les quelques stratégies de base que l’on peut mettre en oeuvre dans le cadre de la gestion d’un portefeuille.

 

Les Stratégies de base

 

Nous allons commencer par les stratégies les plus simples, « acheteuses », qui sont l’achat d’un call et l’achat d’un put.

1) Achat de call

L’acheteur d’un call est bullish sur le sous-jacent. Il pense que son cours va monter au-dessus du strike de l’option. Théoriquement, il n’y a pas de limite à la hausse d’un titre, donc l’acheteur d’un call a un profit potentiel illimité.

L’investisseur réalise son profit soit en exerçant l’option et dans ce cas il revend le sous-jacent sur le marché à un cours supérieur, soit en vendant l’option plus chère puisque sa valeur intrinsèque sera montée. C’est en général ce dernier cas qui est préféré car en exerçant le call et en revendant le titre sur le marché on perd la valeur temps de l’option.

La perte maximale de l’acheteur d’un call est égale à la prime payée pour ce call. Si l’option est OTM à l’expiration, la prime est perdue.

Le point mort (break even) à l’expiration est atteint lorsque l’option est ITM pour un montant égal à la prime investie. Autrement dit, le point mort pour l’acheteur d’un call est le strike de l’option plus la prime payée.

 

Exemple :

> Achat 1 Call XYZ strike 580 échéance avril @ $20

 

Achat call XYZ
Achat de call

 

2) Achat de put

L’acheteur d’un put est bearish sur le sous-jacent. L’investisseur achète le droit de vendre le sous-jacent à un prix d’exercice, il est donc intéressant pour lui d’exercer ce droit si le prix du sous-jacent passe au-dessous du strike.

Puisque le cours du sous-jacent ne peut baisser au-delà de zéro, le gain potentiel maximum de l’acheteur du put est limité à la différence entre le prix d’exercice de l’option et la prime payée.

Si le cours du sous-jacent est au-dessus du strike à l’échéance alors le put est OTM et il n’a plus aucune valeur, la prime est perdue.

La perte maximale de l’acheteur d’un put est donc égale à la prime payée pour ce put.

Le break even à l’expiration est atteint quand le cours du sous-jacent baisse au-dessous du strike (ITM) pour un montant égal à la prime investie. Par conséquent, le point mort pour l’acheteur d’un put est le strike moins la prime payée.

 

Exemple :

> Achat 1 Put XYZ strike 495 échéance avril @ $30

 

Achat put XYZ
Achat de put

 

Après avoir vu les deux stratégies les plus simples, puisque « acheteuses », nous allons voir ce que donnent les ventes de call et de put.

 

3) Vente de call

Le vendeur d’un call est obligé de vendre le sous-jacent au strike si l’option est exercée (assignée). La contrepartie de cette obligation (et non pas un droit comme dans le cas de l’acheteur) est que le vendeur encaisse la prime. Si l’option expire OTM, c’est-à-dire sans valeur, la prime est définitivement encaissée et constitue son gain.

Une vente de call peut être couverte (covered call) ou non couverte.

Le vendeur de covered call détient le sous-jacent, il n’a donc pas besoin de constituer un dépôt de marge. Le vendeur de uncovered calls ne détient pas le sous-jacent et est soumis à des appels de marge.

 

>> Les uncovered calls (‘naked calls’)

C’est la stratégie la plus risquée puisque le risque est illimité !

Si l’acheteur du call (en face) exerce, le vendeur doit livrer le sous-jacent au cours prédéfini (strike). Puisqu’il ne détient pas le sous-jacent, il doit l’acheter sur le marché au prix du marché et il n’y a aucune limite à la hausse du cours.

Le gain maximum d’un vendeur de call est la prime encaissée lors de la vente de l’option (à condition que celle-ci expire sans valeur, OTM). Le vendeur d’un call non couvert est considéré comme bearish sur le sous-jacent.

Le break even à l’expiration est dans ce cas le prix d’exercice plus la prime.

 

Exemple :

> Vente 1 Call XYZ strike 580 échéance avril @ $20

 

Vente call XYZ
Vente de call non couvert

 

>> Les covered calls

Le vendeur de covered call détient le sous-jacent (pour une quantité équivalente au nombre de calls vendus multiplié par la taille du contrat).

Dans cette stratégie il n’y a aucun risque, ou presque. Si l’option est exercée, le vendeur de call n’a pas besoin d’aller acheter l’action sur le marché avant de la livrer. Cette stratégie permet d’augmenter le rendement d’un titre dans un portefeuille.

L’inconvénient, ou risque, de cette stratégie est que l’on accepte à l’avance de vendre le titre à un cours fixé par le strike. On s’expose donc à un risque de coût d’opportunité si le cours du sous-jacent explose à la hausse (on verra cependant que l’on peut ajouter de la souplesse avec les roll-over). De plus, on n’est pas du tout protégé à la baisse du cours du sous-jacent, même si l’on a au final diminué le prix de revient du titre sous-jacent.

La perte maximale d’un vendeur de covered call est donc égale au coût d’achat du sous-jacent moins la prime encaissée.

Le break even à l’expiration est ici le coût initial du sous-jacent moins la prime encaissée.

 

Exemple :

> Achat 1 action de XYZ @ $522

> Vente 1 call XYZ strike 580 échéance avril @ $20 (dans la réalité, si nous vendons un contrat call, dont la taille est 100, il nous faudra détenir 100 actions sous-jacentes)

 

Vente call couvert XYZ
Vente de call couvert (on détient le sous-jacent)

 

Explication du payoff de la stratégie :

Nous sommes au mois d’octobre et le cours de XYZ est à $522 au moment de la mise en place de la stratégie.

Le rendement de la stratégie est donc de : 20 / 522 x 100 = 3.83% sur 6 mois => 7.81% annualisé

Si à l’expiration :

. XYZ >= 580, le gain sur l’action XYZ est de (580 + 20 – 522) / 522 = 14.94% (sur 6 mois)

. XYZ < 580, le coût d’achat moyen de XYZ passe de 522 à 502

 

4) Vente de put

Le vendeur d’un put est obligé d’acheter le sous-jacent au strike si l’option est exercée. La contrepartie de cette obligation est encore une fois que le vendeur encaisse la prime. Si le put expire OTM, la prime est définitivement encaissée et constitue son gain.

Ici aussi, la vente de put peut être couverte ou non couverte.

Un put est considéré comme couvert si le vendeur est short du sous-jacent ou s’il a le cash disponible en compte pour un montant égal au prix d’exercice. Le vendeur de put non couvert est confronté à un besoin de marge.

 

>> Les uncovered puts

Le gain maximum pour un vendeur de put non couvert est la prime encaissée lors de la vente initiale. Si l’option est OTM à l’expiration, elle sera sans valeur et le vendeur gardera la prime. Ce sera le cas si le cours du sous-jacent est supérieur au strike du put. Par conséquent, le vendeur du put non couvert est considéré ‘plutôt’ comme bullish sur le sous-jacent. (‘plutôt’ car s’il est vraiment bullish il vaut mieux qu’il achète le titre, ou un call).

Si le cours du sous-jacent passe en dessous du strike, alors le put peut être assigné et l’investisseur devra acheter le sous-jacent au strike. Au final, le coût du sous-jacent sera égal au strike moins la prime encaissée.

Le break even à l’expiration est atteint si l’investisseur peut vendre le sous-jacent dans le marché à un prix égal au coût (strike – prime).

Puisque le cours du sous-jacent ne peut descendre en dessous de zéro, la perte maximale à laquelle le vendeur de put non couvert est exposé est le strike moins la prime.

 

Exemple :

> Vente 1 Put XYZ strike 495 échéance avril @ $30

 

Vente put XYZ
Vente de put

 

>> Les covered puts

Le vendeur d’un put qui est également short du sous-jacent est dit « couvert ». La prime reçue compense la perte éventuelle due à la hausse du sous-jacent. Le break even est donc ici égal au prix de la vente short plus la prime encaissée.

La perte potentielle d’un vendeur de covered put est illimitée ! Puisque la hausse du sous-jacent est théoriquement illimitée.

Aussi, si le cours du sous-jacent passe sous le strike du put, le gain sur la position short est compensée par la perte sur l’option.

 

Exemple :

> Vente 1 action XYZ short @ $522

> Vente 1 Put XYZ strike 495 échéance avril @ $30

 

Vente put couvert XYZ
Vente de put couvert

 

Le gain maximum d’un vendeur de covered put est donc égal à la différence entre le prix de vente short du sous-jacent et le strike du put, plus la prime encaissée.

Cette stratégie peut se révéler intéressante si l’on pense que la « perte illimitée » est à écarter (raisonnement de toute vente short), c’est-à-dire que la société ne devrait pas être la cible d’une OPA (à cause, par exemple, de la structure de son actionnariat) et que l’on pense que l’essentiel des mauvaises nouvelles est déjà incorporé dans le cours…

 

5) Commentaires sur les stratégies d’options simples

>> Analyse Top-Down des volatilités

Dans un grand portefeuille (ou dans un fonds), il est possible d’établir une liste de valeurs sur lesquelles porteront les stratégies évoquées plus haut. Dans ce cas, il faut vérifier le niveau des volatilités implicites des indices et des titres. Si celles-ci sont plus faibles que les volatilités historiques, cela signifie que l’appréhension vis-à-vis du risque systémique demeure faible et en même temps que les options s’y référant sont bon marché. Elles deviennent donc intéressantes en terme de couverture (achat de put) ou de re-sensibilisation d’un portefeuille à la hausse (achat de call).

Ensuite, au sein d’un même indice, on va comparer les volatilités de chacun des secteurs. Il va de soit que certains secteurs comme les technologiques vont être beaucoup plus volatiles. Mais il faut en fait comparer à la norme historique du secteur. Le secteur de l’énergie, par exemple, devient plus volatile lorsque certaines nouvelles viennent affecter le cours du baril de pétrole. Dans ce cas certaines stratégies de ventes de put ou de call deviennent plus intéressantes.

Donc, une fois déterminés les secteurs les plus volatiles, on va en tirer quelques valeurs sur lesquelles porteront nos stratégies : rendement (directionnelles ou non-directionnelles), cash extraction.

 

>> Stratégies

Les stratégies à employer sont des variantes/combinaisons des stratégies vue plus haut :

– Achat de Tunnel Haussier, ou Collar

– Vente de call

– Vente de put

Strangle

– Cash Extraction : un investisseur peut être tenté de prendre ses bénéfices en vendant l’intégralité ou une partie de son portefeuille. S’il agit dans ce sens, il prend le risque de manquer un rebond du marché, le privant ainsi d’une plus-value. La stratégie de « cash extraction » permet de limiter le risque de baisse tout en continuant de profiter d’une hausse possible du titre.

 

Dans une troisième partie nous verrons quelques stratégies un peu plus complexes, qui permettent de jouer l’évolution d’un sous-jacent dans un sens ou dans un autre, tout en limitant les pertes potentielles.

Suite >>>   Les Options (3ème partie)