Petite histoire de la monnaie, premier instrument financier
A l’origine l’homme ne produisait que le strict nécessaire pour assurer sa propre subsistance. Mais, progressivement, il s’est rendu compte qu’il était capable de produire plus, et notamment des biens dont les autres avaient besoin, alors que lui-même avait besoin de biens que d’autres produisaient. Il est donc passé au troc direct. Cependant il était assez difficile de trouver des débouchés à certains biens : il suffisait qu’ils soient moins recherchés, ou alors que ces biens soient périssables, pour que le troc ne soit plus possible.
La solution est alors venue du troc indirect : on utilisait comme moyen d’échange des produits recherchés par tout le monde. C’est ainsi que certains produits tels que le sel sont devenus des moyens de paiement (les soldats romains étaient payés avec du sel , ils touchaient un salarium en latin : c’est l’origine du mot « salaire »). Ce système a néanmoins connu des limites puisque ces biens pouvaient être assez difficile à transporter (lourds) et l’estimation de leur valeur était parfois problématique.
C’est alors que les métaux précieux – tels que l’argent et l’or – sont devenus des moyens de paiement (l’or en tant que monnaie existe depuis 4000 ans avant Jésus Christ). Même s’ils permettaient de limiter le poids il fallait néanmoins un trébucher pour estimer leur valeur. De là est née l’idée d’apposer, sur les pièces d’or et d’argent, leur valeur faciale (exprimée en unités de monnaie). Cependant il fallait une très grande quantité de pièces dès lors qu’il s’agissait de gros montants, ce qui n’était pas très pratique.
Finalement la monnaie-papier est apparue. Sa première forme fut celle d’un reçu (ou certificat de dépôt), détaillé et nominatif, donné par un orfèvre en échange d’un dépôt de pièces (apparue vers 1640, en Angleterre). Ce reçu permettait ensuite d’être échangé, à n’importe quel moment, contre la quantité définie de pièces.
Par la suite ces orfèvres vont peu à peu se transformer en banquiers de dépôt, lorsque leurs reçus ne mentionneront plus que la valeur exprimée en devise plutôt que les objets précisément déposés. Cet anonymat est important, car le remboursement pouvait alors se faire tout simplement à partir de n’importe quel éléments interchangeable de l’ensemble des dépôts.
Une fois ce procédé répandu les déposants pouvaient alors remettre les reçus directement en paiement, au lieu d’être obligés de venir retirer les pièces avant de les transmettre aux créanciers. Ces derniers pouvaient, à leur tour, soit utiliser ces reçus en tant que moyen de paiement, soit se faire rembourser en espèces au moment et à l’endroit désirés (chez un autre orfèvre).
Dans ce contexte, les certificats de dépôts ne font que compenser exactement le montant d’espèces métalliques présentes dans les coffres et retirées de la circulation active. La masse monétaire demeure strictement inchangée, seul l’aspect matériel des paiements est modifié, la circulation de papiers se substituant partiellement à la circulation métallique.
Mais les orfèvres vont s’apercevoir que le stock de métaux précieux ne descend jamais en dessous d’un certain seuil pour deux raisons :
– En moyenne les dépôts et les retraits se compensent, des dépôts nouveaux tendant à équilibrer les retraits,
– Les détenteurs des certificats accordent une grande confiance aux orfèvres, de sorte qu’ils en demandent rarement la conversion.
Une couverture métallique à 100 % des certificats est devenue inutile puisqu’une petite encaisse (estimée à environ un tiers à l’époque) suffit à parer aux retraits imprévus. Plutôt que de conserver cet or et cet argent qui « dorment », les orfèvres décident de les faire fructifier et vont alors commencer à émettre des certificats en échange d’un titre de dette et non d’un dépôt d’or ou d’argent. L’orfèvre remet à son client emprunteur, privé ou public, des billets en tout point identiques aux autres.
La valeur faciale de l’ensemble des certificats émis est désormais supérieure à la valeur du stock métallique détenu, la différence représentant la valeur du portefeuille d’effets escomptés (qui figurent dans les avoirs puisque l’orfèvre-banquier conserve dans ses coffres ces reconnaissances de dettes). Il y a bien là création monétaire puisque le volume de moyens de paiement disponibles s’est accru.
L’inconvénient des reçus d’orfèvres était qu’ils n’étaient pas standardisés (ni dans leur format, ni dans leur valeur, ni dans la garantie offerte par les différents orfèvres…).
Vint alors la création d’une banque centrale, seule autorisée à émettre des « reçus », appelés billets de banque.
La première banque centrale fut celle de Suède : après la banqueroute de la Banque de Stockholm gérée par Johan Palmstruch (qui avait innové en 1661 en émettant des billets au-delà des quantités de métaux précieux gardés en dépôts), la « Banque des Etats du Royaume » (aujourd’hui Banque de Suède) est créée en 1668. La Banque d’Angleterre est créée en 1694.
Créée le 18 janvier 1800 par un groupe de représentants de banques privées, la Banque de France est, quant à elle, une banque d’émission parmi d’autres et Napoléon Bonaparte en est le premier actionnaire. En 1803, il lui confère le monopole d’émission des billets de banque. Ces billets étaient convertibles en une certaine quantité d’or, ce qui est resté le cas pendant toutes les guerres napoléoniennes et a assuré la crédibilité des billets de la banque de France pour longtemps. La banque d’Angleterre, avait, elle, suspendu la convertibilité.
En ce qui concerne les Etats-Unis, la Federal Reserve a été créée en 1913. Elle détient bien évidemment le privilège d’émettre la monnaie : le dollar U.S.
Ce dernier constitue la plus importante monnaie de réserve, encore aujourd’hui. Au cours du temps le dollar U.S. a subi différentes évolutions, mais historiquement il est resté convertible en or la plupart du temps : lors des accords de Bretton Woods, signés en juillet 1944, les Etats-Unis ont accepté la conversion de leur devise en or à un cours fixe de $35 par once. Les devises des pays signataires de l’accord sont restées ancrées – « pegged » – au U.S. dollar dans une bande de fluctuation de 1%. Les banques centrales devaient alors acheter ou vendre le U.S. dollars pour garder leur devise dans cette bande de fluctuation. C’est alors que le U.S. dollar est devenu officiellement la devise de réserve mondiale. Ce qui n’est évidemment plus le cas : dans les années 60 et début 70 une inflation de dollars se produit notamment du fait des dépenses considérables de la guerre du Viêt Nam et de la course à l’espace. Les pays qui exportent le plus vers les États-Unis accumulent d’immenses réserves en dollars qui donnent lieu à autant d’émissions dans leur propre monnaie, alimentant une inflation de plus en plus inquiétante. Techniquement, c’est la République fédérale d’Allemagne, très sensible en matière d’inflation, qui met fin aux accords de Bretton Woods en cessant de mettre en œuvre ses dispositions. Les demandes de remboursements des dollars excédentaires en or commencent. Les États-Unis ne veulent pas voir disparaître leur encaisse-or, ils suspendent donc la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. Le système des taux de change fixes s’écroule définitivement en mars 1973 avec l’adoption du régime de changes flottants, c’est-à-dire qu’ils s’établissent en fonction des forces du marché. Le 8 janvier 1976, les accords de la Jamaïque confirment officiellement l’abandon du rôle légal international de l’or. Il n’y a plus de système monétaire international organisé.
La question de la convertibilité du dollar U.S. en or physique est clairement définie sur le site de la Federal Reserve :
Federal Reserve notes are not redeemable in gold, silver, or any other commodity. Federal Reserve notes have not been redeemable in gold since January 30, 1934, when the Congress amended Section 16 of the Federal Reserve Act to read: « The said [Federal Reserve] notes shall be obligations of the United States….They shall be redeemed in lawful money (ie. en devise légale, soit le dollar lui-même…) on demand at the Treasury Department of the United States, in the city of Washington, District of Columbia, or at any Federal Reserve bank. » Federal Reserve notes have not been redeemable in silver since the 1960s.
The Congress has specified that Federal Reserve Banks must hold collateral equal in value to the Federal Reserve notes that the Federal Reserve Bank puts in to circulation. This collateral is chiefly held in the form of U.S. Treasury, federal agency, and government-sponsored enterprise securities.
(source : www.federalreserve.gov)
Il est intéressant de voir l’évolution du cours de l’or sur longue période, en termes nominaux et nets (ajustés de l’inflation). Un graphique interactif est disponible ici :
http://www.macrotrends.net/1333/historical-gold-prices-100-year-chart
Et pour ceux qui désirent approfondir leurs connaissances, voici un article de JP Morgan (datant de 2009) intitulé : Questioning the U.S. Dollar’s Status as a Reserve Currency.
Avant de parler des différents instruments financiers qui ont été développés depuis que l’homme réalise des échanges commerciaux, il est bon de rappeler ce qu’est un système financier.
Le système financier est en quelque sorte l’aboutissement d’une longue évolution des techniques de paiement ou financement qui se sont misent en place pour répondre aux besoins des différents agents économiques.
Il englobe les marchés, intermédiaires, sociétés de services, et toutes les autres institutions qui mettent en œuvre les décisions financières des ménages, des entreprises et des gouvernements. Chaque instrument financier possède son propre marché, qui peut être soit localisé (MATIF, NYSE, LSE…) soit de gré à gré (comme pour les devises ou les obligations qui s’échangent au travers de réseaux de télécommunications liant les traders et leurs clients.)
Ce système inclut les marchés d’actions, d’obligations, et autres titres financiers, ainsi que les banques et les compagnies d’assurances.
Les fonds transitent dans le système financier, depuis les entités qui ont un excédent de fonds vers celles qui ont un déficit. Ces transferts de fonds passent souvent par un intermédiaire.
Les 6 fonctions assurées par le système financier
1. Fournir des moyens de transfert des ressources économiques dans le temps et dans l’espace :
Un achat à crédit, au sens large (c’est-à-dire l’achat d’une maison par un ménage en utilisant un crédit, le rachat d’une société par une autre en émettant un emprunt obligataire, ou bien des dépenses budgétaires financées par une émission d’OAT),
constitue une action qui déplace des ressources d’un point du temps à un autre.
De même, le système financier permet le transfert des ressources d’un endroit à un autre. A certains moments, les ressources monétaires disponibles peuvent se trouver loin de l’endroit où elles pourraient être efficacement employées. Par exemple, des pays à fort taux d’épargne peuvent financer des pays à fort taux de croissance des investissements. Le système financier offre une grande variété d’outils qui permettent les transferts de ressources entre ces pays. Par exemple le pays à fort taux d’épargne peut acheter des actions des sociétés de l’autre pays.
2. Fournir des moyens de gérer le risque :
Un système financier fournit non seulement des moyens de transférer des fonds, mais aussi des risques. Le meilleur exemple étant les compagnies d’assurances.
Souvent les fonds et les risques sont liés et sont transférés en même temps dans le système financier. Par exemple prenons le cas d’une société qui s’introduit en bourse : le fondateur (la société) n’a pas la surface financière suffisante pour faire face aux besoins de développement et d’investissements, il fait donc appel à l’épargne publique => transfert de fonds. Mais si la société fait faillite, le fondateur ne perd (en fonction de la structure juridique, bien sur) que sa mise de départ, ce qui a permis de transférer une partie des risques sur les actionnaires (prêteurs).
Cependant, dans le monde de la finance, beaucoup de contrats financiers servent à transférer des risques sans transférer des fonds : les produits dérivés (futures, swaps et options).
3. Fournir des moyens de compensation et de paiement pour faciliter le commerce :
Une fonction importante d’un système financier est de faire en sorte que les individus et les entreprises puissent se faire des paiements les uns aux autres de façon efficiente. Le remplacement de l’or par la monnaie papier est un exemple d’évolution qui augmente l’efficacité du système de paiement, de même que les alternatives comme les chèques, les cartes de crédit et les transferts électroniques (swift).
4. Fournir un mécanisme pour mettre en commun les ressources et pour subdiviser la propriété dans les entreprises :
Dans les économies modernes, l’investissement minimum pour créer une société est souvent au-dessus des moyens d’un individu ou même d’une famille.
Le système financier offre des mécanismes (comme les marchés boursiers ou les banques) pour mettre en commun ou agréger la richesse des ménages et en faire des ressources en capital utilisables par les entreprises.
5. Fournir une information sur les prix pour aider à la prise de décision décentralisée dans les différents secteurs de l’économie :
Aujourd’hui l’information financière est disponible et gratuite (en général) pour tout le monde : les cours de bourses ou le niveau des taux d’intérêts sont diffusés par toutes sortes de médias. Parmi tous les individus qui reçoivent ces informations, il y en a relativement peu qui achètent ou vendent effectivement des titres financiers. Néanmoins, ces informations sur les cotations servent même à ceux qui n’interviennent pas sur les marchés financiers, dans la mesure où elles aident à prendre d’autres décisions. Par exemple le niveau extrêmement faible des taux d’intérêt aujourd’hui peut pousser un ménage à acheter son logement plutôt que de le louer. Un chef d’entreprise va également déterminer sa politique de financement (émission obligataire ou augmentation de capital) en fonction des taux d’intérêts et niveau des marchés d’actions (moins d’IPO dans un marché baissier).
6. Fournir des moyens de gérer le problème des incitations, qui arrive quand une partie prenante d’une transaction a des informations que l’autre partie n’a pas, ou quand une personne agit comme agent d’une autre personne :
Nous avons vu que les marchés et intermédiaires financiers servent à plusieurs fonctions qui facilitent l’allocation efficiente des ressources et des risques. Mais il existe des problèmes d’incitation qui limitent l’efficacité de certaines fonctions. Les problèmes d’incitation surgissent parce que des personnes qui contractent entre elles ne peuvent souvent pas surveiller ou contrôler le co-contractant. Ces problèmes d’incitation peuvent prendre plusieurs formes, parmi lesquelles on peut citer l’aléa moral (moral hazard), la sélection adverse, et les conflits principal-agent.
On peut classifier les instruments financiers qui sont échangés sur les marchés en 3 catégories principales, que sont les dettes, les actions et les produits dérivés :
Les dettes sont émises par toute personne qui emprunte de l’argent : les entreprise (emprunts obligataires et billets de trésorerie – commercial papers), les États (OAT, T-Bond, Bund, JGB, Gilt), les ménages (emprunts personnels).
Les actions sont les titres juridiques des propriétaires d’une entreprise. On parle d’actions pour les sociétés anonymes, et de parts pour les SARL.
Les produits dérivés sont des titres financiers comme les options ou les contrats à terme (futures) dont la valeur « dérive » (vient) de la valeur d’un ou plusieurs autres actifs.
Les titres de dette :
Ils sont émis par quiconque a besoin d’argent : les sociétés, les États, les ménages. Les actifs cotés sur les marchés de la dette comprennent les emprunts des sociétés, les emprunts d’État, les emprunts immobiliers, les crédits à la consommation. Les titres de dette sont aussi appelés titres à revenu fixe, car ils versent généralement des intérêts fixes.
On peut classer ces titres par leur échéance. Le marché de la dette à court terme (moins d’un an) est appelé le marché monétaire, le marché pour la dette à long terme est appelé le marché obligataire (les titres de dette à long terme étant des obligations). La somme du marché obligataire et des marchés d’actions est souvent appelée le marché des capitaux.
Les titres du marché monétaire sont principalement des titres qui rapportent un intérêt, émis par l’État (bons du Trésor) et des emprunteurs du secteur privé (billets de trésorerie émis par de grandes entreprises – EN : commercial papers). Aujourd’hui les marchés monétaires sont globalisés (acteurs internationaux) et liquides (liquidité = facilité – coût et rapidité – avec laquelle un actif peut-être transformé en argent).
Les actions :
Elles représentent le titre des propriétaires d’une entreprise. Ces actions, quand elles sont cotées, sont achetées et vendues sur les marchés d’actions ; quand les actions ne sont pas cotées, elles s’échangent entre les individus sur un marché de gré à gré, c’est-à-dire un marché qui n’est pas organisé (pas de cotation disponible, pas d’institution qui surveille les échanges, peu de liquidité). Une action est une part de la société, et chaque action donne droit à la même part de propriété sur les actifs de la société. La plupart du temps, chaque action donne droit à la même part du résultat, et bénéficie d’un droit de vote. Toutefois, les entreprises peuvent émettre des actions sans droit de vote, ou à droit de vote double. De même, certaines actions peuvent donner droit à une part plus importante, ou plus faible, du résultat.
Les actions représentent une créance de dernier rang (ou résiduelle) sur les actifs, c’est-à-dire que le détenteur d’actions a un droit sur les actifs une fois que tous les autres créanciers ont été remboursés. Si une société fait faillite et que tous ses actifs sont vendus, alors les actionnaires seront servis en dernier, une fois que tous les autres créanciers auront récupéré ce que la société leur devait.
Les actions présentent aussi un caractère de responsabilité limitée. Cela signifie qu’en cas de faillite, si la revente des actifs n’est pas suffisante pour payer tous les créanciers, les créanciers ne peuvent pas demander aux actionnaires de combler la différence. Les actionnaires ne sont responsables qu’à la hauteur de leurs apports.
Les produits dérivés :
Ce sont donc des titres financiers dont la valeur est liée à la valeur d’un ou plusieurs autres actifs (sous-jacent), par exemple des actions, des titres à revenu fixe, des devises ou des matières premières. Leur principal intérêt est de servir d’outils de gestion du risque des actifs sous-jacents.
Les produits dérivés les plus courants sont les options et les contrats à terme. Une option d’achat (call) est un titre qui donne le droit – mais pas l’obligation – d’acheter un actif à un certain prix et à une certaine date (ou avant une certaine date). Une option de vente (put) est un titre qui donne le droit – mais pas l’obligation – de vendre un ctifà un certain prix et à une certaine date (ou avant la date donnée). Si je possède un actif et que j’achète une option de vente sur cet actif, j’assure cet actif contre la baisse.
Les contrats à terme sont des titres qui donnent l’obligation à un contractant d’acheter, et à l’autre contractant de vendre, un actif à un prix fixé et à une date fixée. Ces contrats permettent aux contractants d’éliminer l’incertitude sur les prix futurs de l’actif.







